Investigation en santé publique : méthodes qualitatives - Principes et outils

Principes et objectif

Si l'entretien ne recueille que le récit, le compte-rendu réflexif, de ce qu'il s'est passé, l'observation permet de saisir l'action au moment où elle se passe. Il s'agit de comprendre le comportement de l'homme dans son milieu naturel ou semi-naturel. En effet, l'observation peut s'effectuer dans un contexte habituel, aménagé ou transformé.

Observer est donc un processus qui permet de passer des perceptions, des constats aux concepts et ainsi leur donner du sens.

L'observation n'est pas un simple enregistrement de données sur un phénomène particulier. Il s'agit avant tout d'une réponse à des questions posées par un sujet donné dans des conditions bien déterminées.

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Nous avons recours à l'observation comme technique d'enquête lorsque :

  • on étudie des phénomènes qui ne sont pas conscients et tous les phénomènes qui ne laissent pas de traces en mémoire (exemple : les comportements d'impulsion d'achats) ;

  • on étudie des phénomènes dont on ne peut prévoir les moments où ils vont arriver et dont on pense que l'on ne peut les reconstruire ultérieurement (exemple : des trous de mémoire chez la personne âgée) ;

  • le message verbal n'est pas l'élément étudié (tout ce qui renvoie aux comportements, aux gestes routiniers, aux habitudes gestuelles, aux interactions quotidiennes...)

  • on sait que le message verbal ne correspond pas précisément à la réalité. On pointe ici la distinction entre attitude (souhaitée) et comportement (effectif) (exemple : aide à la personne)

Il existe 6 critères permettant de définir les types d'observation :

- le degré de réactivité de l'observé ;

- la place de l'observateur ;

- l'engagement de l'observateur ;

- les interactions entre l'observateur et l'observé ;

- le moment de l'observation ;

- le degré de structuration des données de l'observation.

Cependant, dans la littérature 2 types d'observation sont couramment différenciés : l'observation participante et l'observation non-participante.

Dans l'observation participante, l'observateur est reconnu, admis dans le groupe qu'il observe, et il participe lui aussi aux activités qu'il observe. Ainsi, l'observateur doit s'insérer dans le groupe et prendre part à la vie du groupe afin d'essayer d'appréhender les mœurs et les modes de pensées qui lui sont totalement étrangers au départ. Cette technique est usitée lorsque les phénomènes ne peuvent être étudiés qu'au moment où ils se produisent, comme les phénomènes d'interaction verbale et non verbale, mais également pour étudier les phénomènes pour lesquels il n'est pas possible d'effectuer des observations en restant à l'écart au niveau spatial mais aussi au niveau relationnel (exemple : la vie de famille). L'observation participante se caractérise par le recueil de faits tels qu'ils arrivent dans des situations naturelles, sans être provoquées ou maîtrisées. L'observateur est donc un témoin privilégié de la vie du groupe et il note, enregistre, décrit ses observations sur un carnet de notes.

Un personnage clé de l'observation participante est l'informateur. Ce rôle est tenu par un membre du groupe étudié, ou soit par une personne qui entretient des liens étroits avec le groupe étudié. Le rôle de l'informateur est de présenter le chercheur au groupe, de l'aider et de le guider dans ses investigations.

Ainsi, si l'observation participante présente des limites (objectivité du chercheur du fait de sa proximité avec les membres du groupe ? impact de la présence du chercheur sur le comportement du groupe ? généralisation des résultats ?), elle peut être utile si on s'intéresse à un groupe restreint (10 personnes maximum) difficile d'accès (famille, toxicomanes, etc). Par ailleurs, cette méthode permet d'aborder un phénomène dans sa dimension temporelle et d'observer son évolution.

Nous noterons également que cette observation permet des réorientations théoriques (nouvelle problématique, reformulation des hypothèses) pendant la phase même de recueil des données.

L'observation non-participante se distingue fondamentalement de l'observation participante. Des deux types d'observation, elle est celle qui respecte au mieux le principe d'objectivité. La particularité de l'observation non-participante est que le chercheur a recours à une grille d'observation, cette grille permet de structurer les observations, elle permet d'avoir un cadre lors de l'observation, par exemple, des interactions entre un médecin et son patient. Les quatre caractéristiques de l'observation non-participante sont :

  • le phénomène étudié est observé dans l'instant où il se produit ;

  • le rôle de l'observateur est le plus neutre possible, il est le témoin, il doit noter enregistrer, l'événement tel qu'il se produit. Le chercheur essaye au maximum d'annuler ou de neutraliser les effets de l'observateur et de l'observation sur le comportement des sujets ;

  • les observations sont réalisées à l'aide d'une grille d'observation. Une grille d'observation est un ensemble de catégories définies à priori. Chaque comportement verbal et non verbal observé devant être classé dans une catégorie. La réalisation (choix des comportements observés) et la rigueur avec laquelle la grille est utilisée font la qualité de la recherche. 

  • L'observation est donc réalisée en fonction d'une formalisation des données a priori. Et par conséquent, contrairement à ce qui passe dans l'observation participante, il ne peut y avoir de réorientations théoriques au cours de la phase d'observation.

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