Démarche participative

Un diagnostic, oui, mais partagé

Tout projet commence par une phase de diagnostic ou phase exploratoire, de recueil données, d'identification des besoins et des ressources, ... afin de mieux savoir quelle action élaborer et comment la mener. Quelle est la spécificité d'un diagnostic quand il est mené dans une démarche participative ?

Qu'est-ce qu'est le diagnostic participatif ?

Nous appelons diagnostic participatif (aussi appelé diagnostic communautaire ou diagnostic partagé) un diagnostic fait par un groupe ou une communauté pour construire collectivement une connaissance de sa propre réalité et agir sur elle.

Le groupe ou communauté identifiera ainsi les problèmes qui l'affectent, les ressources et les potentialités dont il dispose. Ceci lui permettra de repérer, ordonner et hiérarchiser les problèmes et, à travers cela de mieux préparer la mise en place des réponses adéquates.

Quelles sont les caractéristiques du diagnostic participatif ?

  • Il ne part pas de zéro, c'est-à-dire qu'il profite de toute l'information disponible pour connaître la communauté, le territoire, ses problèmes, ses ressources et ses potentialités,

  • Il permet l'analyse des problèmes et revalorise les éléments positifs qui existent dans la communauté,

  • Il permet la participation de toute personne pouvant apporter quelque chose à la mise en place de l'action.

Pourquoi faire un diagnostic participatif ?

  • Parce qu'en permettant aux habitants, usagers de mener le diagnostic, ces derniers acquièrent une meilleure compréhension de leur situation. En identifiant les problèmes et les obstacles qui empêchent leur développement et en déterminant les priorités ils se rendent capables de mettre en place les solutions nécessaires

  • Parce que, les actions prévues à partir du sentiment collectif engagent les membres à prendre part à la mise en place de l'action

  • Parce que lorsque le diagnostic est fait par les acteurs eux-mêmes, et notamment les habitants, les plans d'action et les solutions sont généralement plus appropriés et efficaces parce qu'ils se basent sur l'analyse des problèmes effectués par les personnes concernées. Cependant, la présence de conseillers externes est parfois importante car elle facilite les processus de discussion, réflexion, négociation et consensus.

Quelle utilité a un diagnostic participatif ?

  • Il permet de connaître le lieu où nous vivons et/ou le lieu où nous intervenons

  • Il permet d'établir les priorités des problèmes ou des nécessités avec un critère rationnel

  • Il permet à la communauté de prendre conscience des éléments pouvant influer sur les problèmes

  • Il fournit des espaces concrets pour l'organisation et la participation de différents groupes et collectifs d'acteurs

  • Il fournit une base pour élaborer un plan unique de travail visant à la solution des problèmes identifiés

  • Il permet la récolte de données qui peuvent par la suite être une base pour un suivi et une évaluation

Pour compléter ces propos, nous pouvons dire que le diagnostic participatif est un outil qui remplit trois grands objectifs simultanément :

  • un outil d'exploration de terrain et d'analyse du contexte : car il permet d'identifier sur le territoire les problématiques de santé repérées tant par les élus, les habitants que par les professionnels. Pour cela, un recueil des données statistiques, l'identification des besoins exprimés, des besoins ressentis et des ressources sera nécessaire afin de faire des préconisations et un plan d'actions concrètes.

  • un outil de mobilisation, d'implication des acteurs et de dynamisation territoriale : le diagnostic vise aussi à créer du lien dans la diversité du territoire, à mobiliser les acteurs sur la question de la santé et à construire un socle de connaissances, d'attentes partagées prenant appui sur les réalités des habitants. Son but est, ensuite, de permettre de déterminer des priorités d'actions et de sortir d'une logique de cloisonnement.

  • un outil de changement et de développement : car l'implication des acteurs ensemble, permet de faire évoluer les pratiques des acteurs, notamment celles des professionnels et des institutions, vers une co-construction du projet de territoire depuis l'exploration commune à la mise en place d'actions ensemble.

La question du territoire

Le territoire concerné pourra être différent selon l'objet de réflexion : pour les besoins exprimés et les besoins ressentis, c'est le territoire de la ville ou du quartier qui est le plus approprié.

Pour l'offre en soins et les ressources en santé, il existe de nombreux découpages opérationnels , généralement plus large que le simple territoire de la ville (hôpital, personnes âgées, garde médicale, secteur psychiatrique, PMI, etc.), qui s'empilent le plus souvent sans se superposer.

Qui effectue le diagnostic participatif ?

Le diagnostic participatif est effectué par ceux qui vivent sur le territoire (les habitants), ceux qui y travaillent (les professionnels) et ceux qui y militent (les élus, les associations,...).

Nous avons vu que le diagnostic est le fruit du croisement des regards des différents acteurs concernés. Or, pour que ce résultat soit possible, l'animateur doit veiller tout au long du diagnostic à ce que les conditions d'implication de ces acteurs soient créées.

Quels sont les problèmes, besoins, ressources et potentialités ?

L'objectif du diagnostic participatif est d'obtenir des informations sur les problèmes et besoins d'une communauté dans un territoire donné et son articulation dynamique avec des ressources locales et externes, ainsi que les potentialités de développement qu'ont les habitants.

Nous pourrions définir comme problèmes ceux qui affectent le déroulement normal de la vie quotidienne des habitants résidant dans un secteur géographique déterminé : manque de services de base (hygiène urbaine, électricité, eau, égouts, routes) ; insécurité, chômage, manque d'infrastructures de loisirs (terrains, centres culturels, parcs, places) ; d'infrastructures médico-sociales (écoles, hôpital, maisons de santé, crèches,...)...

De même, nous définirons comme ressources ou potentialités : le talent humain (maçons, artisans, boulangers, ingénieurs, mécaniciens, enseignants,...) ; le développement économique ; les éléments naturels (arbres fruitiers, mines, poissons, plages, rivières) ; l'organisation sociale existante (associations, groupes culturels, sportifs, religieux, commerçants, groupes de volontaires,...) ; leaders naturels ; aspects géographiques, ...

Cet angle d'approche nous conduit donc à redéfinir le schéma classique utilisé en santé publique qui croise traditionnellement demandes, besoins et réponses.

Un diagnostic participatif croisera donc :

  • besoins ressentis et exprimés

  • besoins identifiés

  • ressources et leviers de changement

Diagnostic participatif

Le diagnostic participatif en quelques pas

  1. Constitution d'un groupe opérationnel, un comité de pilotage, et si besoin un groupe de suivi

  2. État des lieux :

    • recueil de l'information, photographie de la communauté

    • identification des principaux problèmes et des potentialités de la communauté

    • analyse collective des problèmes et des potentialités

    • première classification des problèmes prioritaires

  3. Restitution et priorisation des besoins et des objectifs Réunion ouverte à tous les membres de la communauté, afin de restituer et confronter des résultats, de hiérarchiser les problèmes et de définir des objectifs d'action

  4. Planification de la mise en œuvre

    • Constitution d'un groupe opérationnel et, si besoin, un groupe de suivi ou comité de pilotage (cf. mise en œuvre)

L'état des lieux

Tel que nous le disions dans l'introduction de ce chapitre, nous n'allons pas aborder la méthodologie du diagnostic. Il s'agit plutôt de vous montrer les spécificités du diagnostic participatif.

En Santé Publique pour planifier une intervention il faut une analyse exhaustive de la situation sanitaire existante au risque d'agir « à l'aveugle » et d'entraîner un gaspillage des ressources.

Un diagnostic participatif est rarement exhaustif, l'analyse de la situation se fait à partir des habitants, de leurs préoccupations, de leurs désirs d'agir sur leur situation ; donc, le choix des thèmes d'action prendra en compte le recueil d'informations et l'analyse des problèmes et des ressources, mais il mettra surtout en avant les thèmes qui tiennent à cœur aux habitants. Il est rare que le projet issu du diagnostic participatif soit utopiste, éloigné des « vrais » besoins ou trop complexe.

Il est vrai que les projets élaborés avec et par les habitants ne portent pas toujours sur les difficultés, sur les problèmes identifiés à partir des données « objectives » obtenues par les professionnels ou les élus. Il arrive même que le thème paraisse futile à ces derniers. Toutefois, il est très important de permettre aux habitants de les mettre en place. Ce n'est que plus tard grâce au processus participatif, que les autres problèmes, ceux identifiés par les professionnels et les élus, mais considérés parfois comme trop douloureux, ou tabous au début par les habitants, pourront être abordés.

Plusieurs outils participatifs peuvent être utilisés afin de créer les conditions de participation active de chacun des acteurs. Nous vous en présentons quelques-uns, même si cela n'a pas la prétention d'être exhaustif.

Il est vrai que les projets élaborés avec et par les habitants ne portent pas toujours sur les difficultés, sur les problèmes identifiés à partir des données « objectives » obtenues par les professionnels ou les élus. Il arrive même que le thème paraisse futile à ces derniers. Toutefois, il est très important de permettre aux habitants de les mettre en place. Ce n'est que plus tard grâce au processus participatif, que les autres problèmes, ceux identifiés par les professionnels et les élus, mais considérés parfois comme trop douloureux, ou tabous au début par les habitants, pourront être abordés.

Plusieurs outils participatifs peuvent être utilisés afin de créer les conditions de participation active de chacun des acteurs. Nous vous en présentons quelques-uns, même si cela n'a pas la prétention d'être exhaustif.

L'enquête participative

L'enquête participative est un temps particulier d'appropriation collective de leur réalité par les différents groupes qui y prennent part.

Elle constitue une méthode de recherche où, du fait de leur implication dans le processus de recherche, par l'analyse de leur situation et des problèmes auxquels ils sont confrontés, les habitants élaborent un projet leur permettant de passer d'une connaissance individuelle et parcellaire de la réalité, à une connaissance critique et plurielle de cette même réalité sociale.

Ce travail de recherche les rend plus à même de résoudre les problèmes identifiés, en s'appuyant sur les ressources locales. Elle leur permet aussi de s'inscrire dans une dynamique de développement social et dans la maîtrise de leur vie sociale, familiale et personnelle.

Elle passe par :

  • le recueil et l'analyse d'un certain nombre de données,

  • l'identification d'autres acteurs, ressources susceptibles de participer au processus en cours ou à l'élaboration de projets qui en découleront,

  • la diffusion dans la communauté de l'information sur la démarche qui s'instaure.

L'enquête participative ne peut exister sous une forme unique. Chaque projet doit s'adapter aux conditions particulières de la situation locale. Cependant, le cadre théorique de référence d'une enquête participative comprend quatre phases articulées par un temps essentiel, le feed-back des résultats de la recherche.

Les quatre phases possibles d'une enquête participative peuvent se décliner comme suit :

  • montage méthodologique réalisé conjointement par un petit groupe d'acteurs locaux (habitants, professionnels, élus) et l'accompagnateur méthodologique. Ils définissent les objectifs de l'enquête, construisent l'outil d'enquête, déterminent la population enquêtée, construisent les modalités de diffusion de l'outil et se forment à l'utilisation de l'outil

  • déroulement et analyse des résultats de l'enquête, chaque membre du groupe diffuse l'outil d'enquête à 3 ou 4 personnes (habitants, professionnels ou élus) par exemple :

Document réalisé par l'Institut Renaudot
  • partage des résultats de l'enquête avec le reste de la population,

  • analyse critique des problèmes que la population considère comme prioritaires et que ses membres veulent étudier et résoudre.

Le groupe moteur analyse ensemble les résultats obtenus et construit les modalités de restitution et de présentation des résultats aux personnes y ayant participé mais aussi plus largement. Cela peut se faire sous forme d'un temps fort, à travers des petits groupes déjà existants... afin de prioriser, avec eux, les actions à mettre en place et puis, de constituer des groupes actions pour mettre en place les actions concrètes.

La programmation et la mise en œuvre d'une action afin de résoudre ces problèmes sont la conclusion de l'ensemble du processus.

L'atelier de l'avenir

Il s'agit d'une technique dynamique qui permet de passer de l'expression des difficultés et du mal-être à une phase d'utopie créative pour déboucher sur des projets concrets.

Dans ce type d'Atelier, chaque personne (habitant, élu, professionnel) est présente avec sa spécificité, sa compétence, sa responsabilité, son imagination et ses rêves pour demain. L'objectif est d'aboutir à la construction collective de projets concrets.

L'atelier de l'avenir demande une organisation préalable d'au moins 3 mois, puis se déroule en trois phases sur 1 jour et demi :

  • une phase critique pendant laquelle les participants sont invités à formuler et mettre par écrit des critiques et remarques sur "ce qui ne va pas". Puis, ils les classent par thèmes qu'ils résument en une phrase négative.

  • une phase imaginative qui est consacrée au rêve. Les participants émettent des propositions de l'idéal qu'ils imaginent pour leur quartier, sans censure d'ordre pratique, les idées sont aussi classées par thème.

  • Puis, vient la phase de création et de construction : il s'agit de revenir au principe de réalité pour chercher comment on peut progresser vers l'idéal. Les participants constituent alors des groupes de travail qui cherchent à déterminer des objectifs et à envisager des moyens pour y parvenir.

ComplémentPour aller plus loin

Un document à consulter "L'Atelier de l'avenir" ou à télécharger en-dessous

L'Atelier de l'avenir

Le diagnostic en marchant

L'idée de départ de cette technique est que chacun a une expertise, et des points de vue pas toujours exprimés et encore moins pris en compte. Or, ils méritent d'être valorisés car on constate systématiquement l'enrichissement des points de vue par la rencontre entre les porteurs d'une expertise d'usagers et ceux qui portent l'expertise professionnelle : « On veut renouveler son regard sur son propre quartier, et on a besoin des autres pour le faire ».

Le diagnostic en marchant consiste à arpenter un quartier, avec les différents acteurs, habitants, professionnels et élus, pour mettre en relief les points faibles et les points forts de l'endroit qui pose problème, et élaborer des propositions d'amélioration.

Il se déroule en 4 temps :

  1. Une introduction, où l'on présente les règles du jeu

  2. Une visite, durant laquelle on observe. L'itinéraire est connu à l'avance, il y a 1 chemin et 1 espace d'observation. Lors d'une visite, on se déplace dans tout l'espace, on note des faits précis : on évite de noter des jugements non argumentés, du type « c'est vilain », on caractérise ce que l'on voit le plus précisément possible, par exemple « il y a cinq poubelles qui débordent »

  3. Une mise en commun des observations des participants

  4. Un débriefing / échange avec les partenaires concernés.

Les 3 rôles d'un diagnostic en marchant :

  • Un guide qui est garant du temps et de l'itinéraire

  • Un photographe qui est garde une trace visuelle de la visite;

  • Un rapporteur qui fait une synthèse précise des observations du groupe. Il organise les observations dans une grille commune lors du débriefing. Cette grille servira de support pour les propositions.

Ces trois outils ne sont que des exemples, pour aller plus loin vous pouvez explorer et en découvrir d'autres comme : les MRAP, la méthode PHAST, les groupes nominaux, les focus groupe, l'université du citoyens,.... Il est impotant de connaître un grand nombre d'outils pour savoir lequel sera le plus adapté à votre territoire d'intervention.

Restitution et priorisation des besoins et des objectifs

Une fois l'état de lieux posé, il faut décider quel(s) projet(s), mettre en place, donc déterminer des priorités.

La difficulté à choisir est souvent grande et les critères que l'on peut utiliser sont difficiles à déterminer, parfois arbitraires et souvent décevants a posteriori et en termes de pertinence et de participation des habitants, usagers. Sur quels critères va-t-on pouvoir dire qu'il est légitime de donner suite au projet, de démarrer l'action ?

Bernard Pissarro, dans son article « Comment établir des priorités en promotion de la santé ? » 1 [1] décline une série des questions à se poser durant l'état de lieux, puis au moment du choix des priorités d'actions à mener :

  • Qui dit que c'est un problème ? Des habitants ? Des professionnels ? Des élus ?

  • C'est un problème pour qui ?

  • Qu'est-ce qui permet de dire que c'est un problème ? De quelles données dispose-t-on ? Faut-il en collecter d'autres ?

  • Quelle est la fréquence et la gravité du problème et de ses conséquences actuelles ou prévisibles (mais qui décide que c'est suffisamment fréquent et grave ?)

  • Existe-t-il des solutions efficaces ? (il y a bien des problèmes pour lesquels on reste impuissant)

  • Au moins une de ces solutions est-elle ici et maintenant réalisable et acceptable par les intéressés ?

Dans notre expérience, les trois principales conditions de réussite d'un projet sont :

  • le fait que c'est une préoccupation et un désir des habitants (ceci demande souvent tout un travail d'élaboration avec eux, et, le cas échéant, la collecte de données complémentaires),

  • que des habitants soient prêts à s'atteler à la mise en place de ce projet (si les habitants sont suffisamment motivés, ils pourront entreprendre plusieurs projets simultanément),

  • l'adéquation entre les moyens disponibles et le projet envisagé, (soit en diminuant les ambitions du projet, soit en recherchant des moyens supplémentaires).

La mise en place d'un temps fort ou réunion ouverte à tous les membres de la communauté, afin de restituer et confronter des résultats, de hiérarchiser les problèmes identifiés par le groupe moteur ou opérationnel et de définir ensemble les objectifs d'action est un bon outil pour atteindre les deux premières conditions. La troisième, devra être affinée lors de la planification.

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    Paru dans : Les cahiers du CR-DSU 1996/06 ; 11 : 37-38

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AccueilAccueilImprimerImprimer Auteurs : Mariella Galli, Perrine Lebourdais, Nathalie Victor (Institut Renaudot, Paris) Relecture : Cédric Baumann, Jean-François Collin - Reproduction et diffusion interdite sans accord des auteurs. Réalisé avec Scenari (nouvelle fenêtre)