Une évaluation, oui, mais une évaluation participative
Remarque :
L'évaluation participative se distingue toujours par sa volonté d'impliquer activement une partie (au moins) des personnes concernées par l'action. S'ils ne sont pas impliqués aussi dans son évaluation et si l'évaluation est faite de l'extérieur, les changements éventuellement souhaitables auprès des acteurs risquent d'avoir bien du mal à se réaliser. Il est aujourd'hui démontré que plus large est l'implication des acteurs dans une évaluation, plus riches sont ses effets et sa production.
Les processus d'évaluation participatifs sont peut-être moins « scientifiques » et « objectifs » que les processus plus traditionnels, mais ils permettent aux acteurs de s'approprier les résultats de leurs actions et de les faire évoluer en fonction des conclusions auxquelles ils sont arrivés. Cependant, il est difficile d'évaluer seul les actions dans lesquelles on a été impliqué.
D'autre part, si l'évaluation est conduite uniquement par une équipe externe afin d'assurer cette « objectivité », beaucoup de la richesse des actions reste ignorée car seuls les acteurs de terrain peuvent mettre à jour les liens qui se sont créés au cours des actions, identifier les obstacles surmontés ensemble, repérer les dynamiques qui ont été impulsées.
C'est pour cela que parmi les méthodes d'évaluation participatives, l'auto évaluation accompagnée 3 [2] est l'une des plus complètes car :
« auto évaluation » signifie que tous les participants à la mise en place du projet, sont les acteurs de l'évaluation, dès la définition des objectifs aux conclusions,
« accompagnée » signifie qu'ils ont l'appui méthodologique d'un intervenant extérieur qui apporte sa compétence et la prise de recul garantie par son extériorité au projet et nécessaire pour apprendre et évoluer.
L'auto-évaluation accompagnée permet aux acteurs de retracer ensemble le chemin parcouru et d'avoir une vision à long terme de ce qu'ils veulent poursuivre : retrouver les grandes étapes du projet, voir comment les objectifs ont été mis en œuvre, quelle a été leur évolution et pourquoi, identifier les freins et les ressources dont ils n'avaient pas forcément conscience. Ceci est un exercice qui demande une prise de recul et un questionnement particuliers. De plus, l'évaluation peut déboucher sur des remises en question difficiles à assumer pour le groupe s'il n'y a personne pour réguler cette démarche.
Fondamental : Quelles étapes pour une auto-évaluation accompagnée ?
Créer un groupe d'auto évaluation (il peut s'agir du groupe moteur du début du projet ou d'un nouveau groupe issus des volontaires des acteurs portant l'action)
Poser le cadre : les participants mettent en commun et s'approprient les questions suivantes :
Pourquoi et pour qui évaluer ?
Quelles sont les attentes de chacun dans cette démarche ?
Que veut-on évaluer ?
Observer et décrire l'action et ses effets : il s'agira pour chacune des actions de retrouver ou de reconstituer, puis de décrire le plus précisément possible :
Les objectifs initiaux (pour des professionnels, pour la structure, pour les habitants...)
Leur mise en œuvre : méthode, principes d'actions, réalisation
Leur évolution : pourquoi, sous quelles influences, avec quelles conséquences ...
Les résultats : par rapport aux objectifs (résultats attendus), effets observés (résultats non attendus), impacts (conséquences sur l'environnement)
Les membres du groupe d'auto évaluation recherchent l'ensemble des écrits utilisés pour et pendant l'action.
A ce stade, les partenaires internes et externes impliqués dans les actions peuvent être invités (agents de développement, vacataires, représentants d'associations ...). En effet, il est souhaitable de resituer le plus possible les actions dans leur contexte, en tenant compte des biais que comporte une analyse rétrospective.
Analyser l'action, pour mieux comprendre : il s'agit de mettre en relation les différents éléments décrits plus haut :
Cohérence des résultats et des effets par rapport aux objectifs, à la méthode utilisée, aux ressources engagées (humaines, matérielles, financières).
Analyse du rôle de chacun des acteurs, notamment les habitants dans les étapes menées, et des éléments ayant favorisé ou freiné leur participation.
Repérage des « moteurs » de l'action, des atouts et des « facilitants ».
Identification des freins, des nœuds de dysfonctionnement, des obstacles.
Synthèse et restitution : cela est d'abord un travail d'écriture collective, puis de restitution auprès d'un public plus large afin de tirer des enseignement ensemble et surtout de planifier la suite. Comme dans le cas du diagnostic participatif, un temps fort ou réunion plénière peut être un bon outil.






