La richesse de la participation : à la fois un moyen et un processus
Pour l'Institut Renaudot, la participation n'est pas une fin en soi. Il ne s'agit pas de « faire participer » pour « faire participer », mais il s'agit de créer les conditions qui facilitent la participation et la rendent effective. Autrement dit, la participation est un moyen, pour atteindre un ou des objectifs posés en commun par les acteurs impliqués par une problématique.
Pour illustrer cela, voyons l'exemple d'une démarche que l'Institut Renaudot a conduite sur un quartier.
Depuis quelques années l'antenne de quartier et le service santé de la Ville X animaient des cafés bien-être dans lesquels les habitants étaient invités à participer pour parler de santé au sens global (santé physique, environnement, le bien-être...). L'objectif de ce projet était de permettre aux habitants de s'approprier leur santé et de promouvoir le lien social dans le quartier. Or, après un certain temps de mise en œuvre le constat des professionnels porteurs de ce projet est « une faible mobilisation des résidents du quartier sur les différentes animations proposées » 12[1]
La Ville a donc sollicité l'Institut Renaudot pour accompagner les acteurs à mobiliser les habitants du quartier pour que des actions adaptées visant le mieux-être des habitants, soient mises en place.
Pour cela, nous avons commencé par constituer un groupe de travail dans lequel des habitants du quartier, des professionnels et quelques élus se retrouvaient environ tous les mois pour :
construire une culture commune autour de la santé
recueillir les envies et préoccupations des autres habitants du quartier en matière de santé
partir de ces éléments pour construire avec ces habitants des actions adaptées
Ce travail mené sur environ 1 an et demi a permis que des habitants s'engagent, « coude à coude » avec élus et professionnels de la ville dans la mise en place des projets. Concrètement par exemple, une action visant à réduire l'isolement des personnes âgées en organisant des rencontres entre voisins dans les halls d'immeubles a été mise en place.
Dans notre exemple dès lors que ce sont les habitants eux-mêmes qui ont décidé de l'action à conduire et de la façon de la mettre en œuvre, cette action sera plus efficace en termes de lutte contre l'isolement que les cafés bien-être pensés au départ par les professionnels pour « faire du bien » aux habitants.
De nombreuses recherches dans le champ de la santé et des services sociaux (Itzhaky et York, 1994), démontrent que la participation dans les décisions donne lieu à de meilleures interventions et à de meilleurs programmes.
« Plus les citoyens sont en capacité de s'exprimer et de délibérer sur le devenir de la cité, plus une communauté est en capacité d'agir pour ces fins. Plus un régime politique prend en compte les attentes de ses membres, plus il est efficace. [...] La participation constitue la modalité la plus efficace pour l'intégration de tous ceux qui forment la communauté politique. [...] Ce n'est pas l'utopie d'une démocratie directe, ni celle d'une société sans conflits, mais l'utopie d'une communauté qui n'abandonne pas son autonomie entre les mains de ceux qu'elle désigne pour les représenter » 13[2]
« La participation est considérée comme un moyen pour parvenir à un objectif donné et pour mobiliser des ressources et des énergies en vue de contribuer à la réussite des projets ». 14[3] « La participation communautaire correspond alors à un souci d'amélioration de l'efficacité et de l'impact des interventions entreprises par les professionnels. Ces derniers ont progressivement réalisé que l'efficacité de leurs actions était démultipliée quand les intéressés eux-mêmes se les réappropriaient à leur propre compte » 15[4].
Dans cette logique « utilitariste », on pourrait penser que les résultats obtenus importent plus que l'acte de participation. Mais au-delà des résultats obtenus, l'expérience nous a également montrée qu'il faut observer les résultats de processus et impacts indirects de la participation : des effets sur la place de ces habitants dans la vie de leur Cité.
Pour revenir à notre exemple, quand nous avons évalué les effets de l'action avec les habitants, ils ont exprimé le fait que ça leur avait permis de mieux comprendre comment les décisions étaient prises, que certaines instances participatives mises en place sur la commune ne visaient qu'une participation alibi, qu'en tant qu'habitants, ils pouvaient contester les propos des professionnels et des élus, qu'ils avaient eux aussi des solutions à apporter pour améliorer le bien-être sur leur quartier.
Cet accompagnement a aussi permis aux autres acteurs de prendre conscience de la capacité des habitants à prendre leur rôle de citoyens à bras le corps.
Ceci nous permet de dire que la participation est aussi un processus qui contribue au renforcement du pouvoir de l'individu et de la communauté. Robertson et Minkler définissent ce pouvoir comme « les capacités d'un individu ou d'une communauté de prévoir, contrôler et participer à son propre environnement » 16 [5]
La participation en tant que processus est un élément dynamique créée par l'implication des acteurs, notamment les habitants. Elle, s'adapte aux besoins locaux et à l'évolution des contextes. Elle doit se prolonger au-delà de la durée du projet, sous la forme d'un engagement dynamique et permanent. 17 [6]
La participation communautaire ne doit jamais être considérée comme acquise. Sa pérennité pose de nombreux problèmes qui doivent être analysés et dépassés si l'on veut que la participation soit vraiment une réalité.







