Principes et objectifs
L'entretien est la méthode de recueil de données qualitatives la plus courante, particulièrement utilisée dans le champ de la santé. L'entretien individuel semi-directif que nous allons développer ci-après se prête en effet bien à l'investigation qualitative : d'une part, il répond à l'exigence de toute recherche qualitative de considérer le point de vue de l'enquêté, apte à s'exprimer et dont les propos sont considérés « valides » ; partir de son expérience exprimée verbalement permet de comprendre une situation, un contexte d'action, ou de déceler, de décrire et de comprendre des routines pouvant éclairer un comportement de santé, par exemple les habitudes alimentaires. D'autre part, l'entretien individuel semi-directif est assez « protocolisé » pour ne pas perdre le chercheur non familier aux méthodes qualitatives et permettre le recueil organisé des données qualitatives pertinentes et signifiantes.
De manière générale, l'utilisation de l'entretien est préconisée :
pour étudier des variables complexes : l'entretien permet de laisser au sujet une grande marge de manœuvre, notamment pour l'étude de certaines variables comme les valeurs, les croyances, les représentations sociales, etc. Par ailleurs, le sujet peut utiliser ses propres mots et ses propres termes pour s'exprimer.
pour étudier certaines populations : pour certaines populations, la technique d'entretien est mieux adaptée que la technique par questionnaire, soit par refus de répondre à des questions définies à l'avance, soit par le besoin d'établir un contact (populations marginales, enfants..).
Nous verrons par la suite comment l'observation et le recueil de données secondaires se positionnent par rapport à l'entretien qui produit des données que U. Flick (2009) qualifie de « verbales » : il s'agit en effet de recueillir des paroles qui seront, au moment de l'analyse, transformées en texte.
Plusieurs types d'entretiens peuvent être distingués tout d'abord par rapport à la place du chercheur et donc de la place accordée au participant à l'entretien. Les entretiens peuvent être directifs, semi-directifs ou non directifs.
Lors d'un entretien directif, les questions posées sont « fermées », c'est-à-dire que la réponse du participant devra correspondre à un choix d'une ou plusieurs réponses parmi une liste de réponses déterminées. On retrouve ici les questionnaires standardisés, utilisés par exemple dans les sondages d'opinion, mais également dans des enquêtes par questionnaire à perspective sociologique visant à la vérification d'hypothèses théoriques (Quivy et Van Campenoudt, 2005). Ce type d'entretien permet d'inclure un grand nombre de participants et appelle une analyse quantitative des données recueillies ; un objectif de représentativité et de généralisation est recherché. La place de ce type d'entretien en recherche qualitative est particulier : si un questionnaire peut effectivement porter sur des questions « sociologiques », l'entretien directif se distingue d'une méthode qualitative au sens où le questionnaire n'engendre pas une complexification des données, ni ne les enrichit, mais les simplifie dans un objectif de vérification d'hypothèses. Ce type d'entretien se distingue aussi par la rigidité qu'il engendre : nous le verrons, ce qui caractérise l'entretien, l'observation... c'est l'évolution continue du recueil qui peut varier, évoluer, en cours de collecte de données, afin précisément d'enrichir ces données ; l'entretien directif répond difficilement à cet objectif.
L'entretien semi-directif se fonde sur l'attitude peu directive de l'enquêteur qui, s'il pose des questions à partir d'une liste de questions prédéfinies, laisse le participant s'exprimer librement sur ces questions – il n'est pas face à des choix fermés mais est appelé à répondre avec ses propres mots à la question posée. Par ailleurs, l'enquêteur n'est pas contraint par une liste des questions mais est libre de poser d'autres questions, en rapport avec les réponses données par le participant et au thème de la recherche. Le principe de l'entretien semi-directif est d'organiser l'échange : nous verrons plus concrètement son déroulement ci-dessous. Ce type d'entretien est de loin le plus utilisé puisqu'il établit un cadre sur lequel peuvent se reposer et le chercheur et le participant.
L'entretien non directif est le type d'entretien le moins structuré : il se caractérise par l'attitude non directive du chercheur qui suit et soutient le participant invité à s'exprimer. L'objectif de cet entretien est de porter un intérêt à tous les éléments du discours : les idées exprimées mais aussi leur enchaînement par association, les intonations, etc.





