Démarche participative

Les conditions de réussite qui concernent tous les acteurs (habitants, élus, professionnels)

Remarque

Ces guillemets « » signifient que tout au long du texte nous nous ferons référence au niveau 6 de la participation, à la participation active des acteurs dans toutes les étapes de la démarche participative.

Concilier les attentes

Entendre et prendre en compte les attentes et intérêts de chacun

La participation « active » demande la prise en compte et la reconnaissance des intérêts et motivations personnels, des besoins individuels et des différents contextes des acteurs engagés : « Prendre un temps pour que chacun puisse expliciter ses attentes afin de les prendre en compte », « écouter et entendre le pourquoi de l'engagement de chacun », « entendre chacun des acteurs d'abord individuellement de façon à ce que chacun puisse parler librement de ses envies et de ses contraintes et lui montrer qu'elles sont entendues et quelles peuvent être prises en compte », « Faire en sorte que la parole de chacun soit valorisée et reprise, intégrée dans le projet ».

Pouvoir négocier, faire évoluer les commandes – argumenter – être stratégique

Le financement des actions s'accompagne en général d'une « commande » qui peut être en décalage avec le temps du projet et les souhaits des acteurs.

Il est important de ne pas se faire enfermer dans une commande visant des « résultats », mais plutôt négocier une démarche, une méthode de travail, en s'engageant sur un processus de construction collective. "Cela suppose qu'on ait une vision souple de la totalité des actions à mener. Il faut absolument que tout ne soit pas fixé de manière inéluctable et qu'on ait droit à l'échec pour pouvoir chercher autrement la solution."

Généralement, il est difficile d'associer des habitants, usagers, à des projets concernant les thématiques prioritaires (cancers, maladies cardio-vasculaires, addictions, ...). Le motif est souvent que cela ne fait pas partie de leurs principales préoccupations ou qu'ils ne se sentent pas légitimes pour s'y impliquer. Assez souvent aussi, quand ils s'impliquent, le projet prend toute une autre tournure, plus adaptée de fait...c'est pour cela qu'il faut faire valider par l'institution que le projet évoluera en fonction de l'investissement et de la demande des usagers/habitants.

Pour cela, il faut être attentif à :

  • sensibiliser tout au long du projet les élus référents et toute personne qui a, ou peut avoir, intérêt à adhérer et soutenir le projet.

  • repérer les réticences et les obstructions potentielles.

Soutenir « le projet » issu de la démarche participative et non seulement « le projet thématique » qui est actuellement le seul mode d'obtention d'un financement est aussi un gage d'implication des acteurs dans le long terme. Reconnaître les personnes, habitants ou professionnels, comme les vrais moteurs, catalyseurs du projet, et mettre en place les conditions qui leur permettront de se mobiliser t de créer des dynamiques facilite la concrétisation de celui-ci.

Cultiver le souci de la place de chacun

Connaître et reconnaître la spécificité et les ressources de chaque acteur

Cela implique de reconnaître que tout seul, chacun n'a qu'une vision partielle de la situation et donc qu'une solution limitée. C'est aussi reconnaître, notamment pour les professionnels que, même s'ils ont été formés, ils ne savent pas tout de l'Autre, de sa vie, de sa culture, de ses savoirs, de ses ressources... et reconnaître que l'on n'a pas la solution pour l'Autre, que l'on a besoin de l'Autre pour qu'il réalise les projets qui le concernent. Autrement dit, chacun de sa place (qu'elle soit professionnelle, citoyenne, ...) a des compétences, une expertise... bref des ressources à mettre au service du projet partagé.

Mettre tous les acteurs au même niveau d'accès à l'information et à la prise de parole

« Que chaque acteur ait le même niveau d'information », « utiliser un vocabulaire accessible à tous », « ne pas isoler une catégorie d'habitants dans un groupe, comme cela a été fait avec le jeune », « prendre conscience de l'interdépendance des acteurs, de l'intérêt des projets partenariaux». « L'écoute et la reformulation aident à ce que chacun se sente entendu et est donc important dans le groupe ».

Se former ensemble pour se rendre capable de participer activement et pour être capable de « laisser la place »

L'expérience que nous avons dans ce domaine permet de mesurer à quel point la formation des seuls professionnels entre eux est plus lente pour faire avancer les choses que des temps de formation où les différents acteurs (habitants, élus, professionnels) travaillent ensemble, analysent collectivement leurs pratiques et leurs effets.

En effet, notre expérience de formation mixte (professionnels et habitants) à l'approche communautaire des problèmes de santé et au développement social permet de voir à quel point les choses avancent plus vite, sont plus dynamiques quand on arrive à avoir dans les sessions de formation à la fois des professionnels et des habitants.

Les projets, les actions, se mettent en place beaucoup plus vite et on a l'impression qu'alors il peut y avoir une vraie adhésion des professionnels aux projets des habitants et vice versa, et donc une certaine chance que cela puisse continuer.

Mettre en place des formations avec tous les acteurs pour apprendre à se connaître, se reconnaître dans le « faire ensemble », clarifier les valeurs mises derrière la place de chacun (chartes, règles), partager sur les représentations mutuelles, les enjeux du « faire ensemble »...

Former ensemble les professionnels, les élus et les habitants pour qu'ils acquièrent les savoirs, savoir-faire et savoir-être de l'approche participative est très important :

  • pour les professionnels et les élus parce qu'ils ont besoin de temps pour se décaler de leur fonction « d'experts » face à l'habitant et pour apprendre à concilier la « distance professionnelle » et la dimension humaine qu'implique le travail en collectif avec des acteurs différents de soi.

    Par ailleurs, réfléchir à la place légitime des habitants dans la participation sociale, c'est aussi accepter d'inverser la question : comment les professionnels, les élus, les "experts", peuvent-ils participer aux projets des habitants, comment peuvent-ils soutenir, épauler, impulser, être partie prenante des projets des habitants et les accompagner ? Autrement dit, comment peuvent-ils se situer dans une perspective de partage des savoirs, partage du savoir des habitants, de leurs connaissances sur leur vie, sur leur quotidienneté, sur la manière qu'ils ont de pouvoir ou de ne pas pouvoir résoudre leurs problèmes, savoirs confrontés avec les savoirs des professionnels souvent plus théoriques.

  • pour les habitants parce qu'il est nécessaire d'apprendre à passer d'une attente individuelle à un projet collectif, d'une position passive à une place active, reconnue et pouvant influer sur le cours des choses.

    Parfois il faut même travailler avec les habitants en amont pour « produire un savoir collectif », voire tout simplement pour se préparer ensemble à une réunion.

Des principes et des « bonnes » pratiques d'intervention

En plus des valeurs que nous avons déjà évoqués lors de la 1ère compétence, nous pouvons identifier une éthique d'intervention particulière à la démarche participative qui pourrait se décliner de la manière suivante :

  • Reconnaître la fonction politique de la participation et favoriser une participation sans injonction ni instrumentalisation

  • Avant même de mettre en place la mobilisation des acteurs pour qu'ils s'impliquent, il est essentiel d'échanger avec les « décideurs » jusqu'à quel niveau de participation ils sont prêts à aller. Le risque de sauter cette étape serait d'engager les acteurs vers un niveau de participation auquel ils ne seraient pas entendus ou pris en compte. Cela peut causer beaucoup de torts au projet mais surtout à toute démarche participative engagée par la suite.

  • Définir dès le début les termes de l'action (avoir les mêmes références), cultiver une culture commune, travailler dans la construction d'une philosophie partagée: « La confiance, la solidarité et la réciprocité sont des garants de la qualité de la dynamique et de la durabilité de l'action »

  • Démarrer et planifier l'action avec tous les acteurs, faire que chacun ait son rôle établi et légitimé : « Chacun, bénévole, professionnel pose ses objectifs de départ pour déterminer un objectif commun, ensuite on définit les tâches de chacun afin d'aboutir à la réalisation de cet objectif commun »

  • Concevoir un projet adapté au contexte et qui fasse écho aux différents acteurs quels que soient les porteurs, trouver une équilibre entre rigueur et flexibilité.

  • Partager les tâches, les informations, les décisions, les responsabilités, les pouvoirs.

  • Favoriser une pédagogie d'animation avec des outils méthodologiques et des outils d'animation et de valorisation, mutualisation et échanges facilitants, adaptés.

  • Favoriser une méthodologie inscrite dans le temps, orientée vers le processus et la participation des acteurs à toutes les étapes du projet. Travailler dans la durée sur des projets en s'appuyant sur les « ressources » et non intervenir dans l'urgence en partant des problèmes et en donnant des solutions hâtives.

  • Favoriser le travail en réseau, la coordination et le partenariat, la transversalité et le décloisonnement, développer pour cela la capacité de chaque acteur à se remettre en question

  • Favoriser les notions de bien-être, de plaisir, d'espaces informels, de convivialité, de confiance, ainsi que la notion d'intérêt et de motivation personnelle/individuelle.....

  • Nécessité d'un repositionnement de chaque acteur, d'un changement des pratiques (des professionnels comme des habitants ou des élus), et des rapports de pouvoirs

  • « Faire avec » et non « à la place » des gens. Quand on est avec les professionnels, ils se disent : "Nous, on est tout à fait d'accord pour travailler avec les habitants, mais on ne sait pas et on n'a pas été formés à ça". C'est vrai qu'ils n'ont pas été formés, que ce soit dans le sanitaire ou dans le social. Mais il faudrait aussi analyser plus finement ce qu'il y a derrière ce "on ne sait pas", qui peut cacher un "on ne veut pas".

    Ceci pose le problème de la place du professionnel "expert" face aux habitants. Or, dans une perspective de démarche communautaire, le professionnel n'est plus celui qui sait et qui va apporter LA BONNE SOLUTION, mais il devient celui qui accompagne pour trouver LES BONNES SOLUTIONS. C'est tout un travail de déplacement et d'utilisation des savoirs profanes, des savoir-faire, du bons sens.

Le professionnel peut apporter un soutien à la méthodologie de projet. Son rôle doit être dans l'accompagnement de l'usager, dans l'apport d'un soutien logistique, d'informations. Il a un rôle d'expertise au même titre que l'usager et se retrouve donc dans une posture d'échanges de savoirs. Il doit veiller à ne pas se retrouver en situation de prise de pouvoir, mais au contraire être garant d'une communication bilatérale, transparente et équitable.

Nous venons de voir les conditions qui, selon nous, facilitent la participation de TOUS les acteurs à une dynamique de co-construction. Nous devons toutefois attirer votre attention sur quelques CONDITIONS PLUS SPÉCIFIQUES à l'implication de chaque acteur.

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AccueilAccueilImprimerImprimer Auteurs : Mariella Galli, Perrine Lebourdais, Nathalie Victor (Institut Renaudot, Paris) Relecture : Cédric Baumann, Jean-François Collin - Reproduction et diffusion interdite sans accord des auteurs. Réalisé avec Scenari (nouvelle fenêtre)