Pour les habitants
Tout projet a des objectifs spécifiques à atteindre, soit par exemple que les femmes d'un quartier « se fassent dépister » suite à une action de sensibilisation au dépistage organisé du cancer de sein, ou que les anciens du quartier se sentent moins isolés suite à une action qui favorise la rencontre avec ses voisins, ou encore, qu'un groupe de mamans se sente plus à l'aise pour assumer l'éducation de leurs enfants,...et les exemples thématiques ne s'arrêteraient jamais....
Mais, au delà de l'objectif spécifique visé par le projet, l'impact des démarches participatives est plus large et crée les conditions du changement social dont on parlait lors de la 1ère compétence.
L'acquisition ou le renforcement des connaissances et savoir- faire pour mieux saisir les enjeux et élaborer des stratégies adaptées aux problèmes qui se posent à eux: « Dans ma vie professionnelle, je suis plus dans l'observation et plus critique», «prendre la parole pour défendre mes opinions, je ne savais pas faire ça avant », « je croyais que faire un compte rendu c'était un truc des professionnels »,...
Un changement de représentations quant aux professionnels et aux institutions : « j'ai été étonnée de la culture des gens, de leur ouverture d'esprit », « pendant les ateliers on ne savait pas qui était habitant, professionnel ou élu, tout le monde y mettait du sien ».
Une modification des rapports de pouvoir : grâce au processus d'empowerment1[1] individuel et collectif, les habitants se sentent légitimes pour participer aux décisions, pour être entendus, bref pour influer dans l'évolution des choses, en ayant quelque chose à apporter : « professionnels et habitants avons travaillé ensemble sur un plan d'égalité et sans sentiment d'infériorité ».
Une conscientisation du système dans lequel chacun est inscrit : « tous les acteurs qui ont participé à ce projet ont également pris conscience des limites du dépistage organisé (l'existence de 2 systèmes, le délai d'obtention des résultats, la mammographie gratuite mais si besoin de faire une échographie, cette dernière es payante, l'Aide Médicale d'Etat (AME) ne couvre pas les actes de prévention...). Une fois ces dysfonctionnements posés, les échanges entre tous les acteurs ont permis de mieux comprendre le système en place et ses limites, se sentir en capacité de l'expliquer aux autres et faire remonter ces dysfonctionnements aux instances institutionnelles). Autrement dit, les acteurs impliqués dans ce projet ont appris à développer leur esprit critique. Ce processus est-ce ce que Paolo Freire appelait la conscientisation : « quand les opprimés perçoivent leur situation comme une réalité qu'ils peuvent toucher et transformer » 2[2] ils peuvent faire des choix libres et éclairés »
L'autonomie pour agir dans sa propre vie et exercer sa citoyenneté : Certains auteurs parlent de sentiment d'auto efficacité, autres de développement de compétences psycho sociales, d'autres encore de processus d'empowerment. Il s'agit tout simplement de la prise de conscience pour l'habitant usager, que sa participation, peut changer les choses, et qu'il est ou qu'il peut se rendre capable de prendre en main son bien être, celui de sa famille et de sa communauté.
Pour les élus et les institutionnels
Acquisition de connaissances : concernant les problématiques locales, les dispositifs existants, les ressources,...ce que leur permet de s'impliquer et soutenir d'avantage les projets mis en place
Des changements de regards, de positionnements, de relations de pouvoir entre élus, institutions et citoyens
La participation à ce type de démarche interroge leurs représentations, croyances concernant les habitants, leur conception de la démocratie,...
Les motivations de l'action et de l'engagement politiques des élus peuvent être confortés et infléchis par la participation. Le sens de l'engagement politique de certains élus reprend réalité devant eux quand les habitants s'impliquent activement dans les actions entreprises, dans l'élaboration des politiques mises en place.
Une politique municipale co-élaborée avec les citoyens et donc pertinente et favorisant le développement de la Ville et ses citoyens. Le vote des budgets et l'orientation de l'action des services s'en trouvent modifiés. Une meilleure adaptation des ressources s'en suit. Leurs attentes d'actions concrètes, plus proches des réalités des habitants peuvent être concrétisées.
Mais aussi parfois... des impacts moins positifs
Des frustrations quand les résultats ne sont pas à la mesure de l'investissement
Du stress quand la pression des résultats est trop forte et les moyens pas à la mesure des objectifs
La difficulté du désengagement, notamment dans les projets à long terme
De l'épuisement si les actions reposent sur trop peu de personnes, si les actions sont insuffisamment co-construites et que les difficultés s'accumulent
Ne pas se sentir à sa place, être « noyé » par le groupe.
Complément : Pour aller plus loin :
Guide pratique d'auto-évaluation des effets des démarches communautaires en santé, Institut Renaudot, septembre 2012 (document disponible sur demande)






