Éducation thérapeutique du patient

Un modèle intégrateur en éducation pour la santé, le modèle de Godin

L'examen détaillé des résultats de la recherche dans l'utilisation de ces modèles montre qu'il est possible de proposer un modèle intégrateur permettant de résumer les déterminants de l'adoption des comportements liés à la santé (Fisbein et coll., 2001 ; Godin et Kok, 1996 ; Godin et coll., 1996 ; Mainstead et Parker, 1995 ; Parker, Mainstead et Stradling, 1996). Ce modèle, intégrateur, a été proposé par Godin en 1996.

Selon ce cadre, le comportement est prédit par l'intention pour autant que les conditions sont favorables à la concrétisation de cette dernière. C'est à dire qu'il est nécessaire de prendre en compte les ressources et facteurs facilitants externes à la personne qui jouent un rôle modérateur de l'intention.

Modèle intégrateur de Godin

L'intention ici procède de huit variables regroupées en trois catégories. La première est relative aux attitudes liées aux comportements :

  • Attitudes cognitives liées à une analyse subjective des avantages et désavantages consécutifs à l'adoption du comportement (conséquences liés aux comportements qu'elles soient pathologiques ou sociales). Ces éléments rejoignent la gravité perçue, la vulnérabilité perçue ou encore l'évaluation coût /efficacité, présentes dans d'autres modèles.

Ex. En arrêtant de fumer je gagnerai en souffle et en endurance.

  • Attitudes affectives liées au comportement : Ceci recoupent les regrets anticipés de l'abandon du comportement défavorable, la réponse émotionnelle liée à cette idée ou le plaisir ressenti. On retrouve ces éléments dans la théorie des comportements interpersonnels notamment.

Ex. Fumer avec mes collègues devant le porche de l'entreprise à la pause de 10h est un moment de plaisir et de convivialité.

La deuxième catégorie regroupe tout ce qui a trait aux normes perçues. La notion de normes était présente dans certains modèles que l'on a vu. Ils sont, dans celui-ci, précisés en 4 catégories :

  • Les normes sociales : elles sont liées aux pressions ressenties par l'individu comme exercées sur lui par un entourage qu'il estime important pour lui :

    • La perception des attentes des personnes de l'entourage.

    Ex. Ma femme a arrêté de fumer, elle attend que je fasse de même.

    • Les croyances normatives, c'est-à-dire le degré d'approbation perçu de l'entourage par l'individu.

    Ex. J'ai arrêté de fumer et ma famille semble plus heureuse et détendue de cela.

  • Les normes comportementales : cela correspond à la norme collective qui prévaut dans l'environnement social. Elle représente un ensemble de pratiques observées par « le plus grand nombre ». Les mass médias ont un très grand rôle sur ce levier. par exemple, il y a 20 ans, fumer à coté d'une femme enceinte ou de non fumeurs n'était pas gênant. Aujourd'hui, cela passe pour un acte égoïste et plutôt dévalorisant.

  • La croyance dans les rôles sociaux : cela correspond à la perception d'avoir un comportement approprié à la position occupée dans une structuration sociale déterminée ; Ex. Je suis parent, j'arrête de fumer pour monter l'exemple à mon enfant

  • La norme morale : ce sont les obligations personnelles qui ne dépendent pas du regard des autres (ce qui est le cas de la norme sociale). Ceci est lié aux valeurs et à la perception du bien et du mal.

La troisième catégorie représente le contrôle que l'on croit avoir sur le comportement. Là encore, la notion est subjective, ce n'est pas le véritable contrôle mais bien celui qui est perçu par l'individu. Il dépend à la fois :

  • De notre efficacité personnelle perçue.

Ex. Je suis en forme et bien dans ma tête, je me sens capable d'arrêter de fumer demain et de tenir le coup.

  •  Des difficultés ou barrières envisagées.

Ex. Cela va être vraiment difficile de ne pas fumer après le repas, et le matin au réveil, ça sera pire.

Ces trois catégories de facteurs d'influence sont, par ailleurs, dépendant d'un certain nombre de variables externes. Ce modèle est reconnu comme expliquant une large part de la motivation à adopter des comportements liés à la santé, ce qui justifie largement son utilisation dans l'intervention éducative (Baranowski, Anderson et Carmack (1998)).

Cependant, comme nous l'avons déjà précisé, ces théories sont prédictives, c'est-à-dire que l'on est dans une projection de ce que pourrait être le comportement des individus. On ne sait pas quel est le comportement qui va effectivement se mettre en place.

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